La langue crée des liens

13 avril 2026
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« Tout ça est bien joli, mais quand est-ce qu’on va enfin manger ? », se demandait Yann Morard, bénévole, lors de son premier camp de langues à Pondrôme, il y a plus de vingt ans. Il a alors vécu un petit choc culturel.

Yann Morard venait tout juste d’arriver en Belgique et s’attendait à un repas chaud pour son déjeuner, mais reçut des sandwichs à la place. Ayant grandi en France, où l’on mange chaud à midi, le contraire lui paraissait pour le moins surprenant.

Des rencontres inattendues

En réalité, l’arrivée de Yann s’est faite un peu par hasard, comme un accident de parcours. Il habitait alors près de Lille et rêvait d’une carrière d’enseignant en Angleterre. De fil en aiguille, il s’est retrouvé au sein de Roeland. « Je ne connaissais même pas Roeland une semaine avant », raconte-t-il en riant aujourd’hui. Ce qui devait être une expérience temporaire est devenu un tournant. Les premières semaines ont été difficiles et il s’est demandé si cela lui convenait vraiment.

Yann : « J’ai considéré mon premier camp de langues comme un test personnel. Je me demandais si j’étais fait pour devenir enseignant. Deux rencontres ont tout changé. Deux personnes passionnées ont repéré mes talents et m’ont donné l’opportunité de les développer. Grâce à cette expérience, j’ai compris que la langue est bien plus que l’apprentissage de mots par cœur. Apprendre une nouvelle langue élargit ton horizon et te permet de créer davantage de liens. »

« Ce qui m’a tout de suite parlé dans les camps de langues, c’est que j’y ai appris des techniques pour enseigner le français d’une manière unique : authentique, réaliste, concrète, ludique et en petits groupes. Pour moi, c’était un véritable laboratoire où j’ai appris à enseigner. »

« J’ai aussi remarqué que l’approche ludique de l’apprentissage des langues utilisée par Roeland permet aux participants de gagner énormément en confiance. Ils découvrent que, même si leurs compétences linguistiques ne sont pas parfaites, ils peuvent quand même tenir une conversation avec les autres. Cela leur donne un énorme coup de boost. »

Pourquoi la cuisine ?

« Dans la vie quotidienne, je suis chaque jour en contact avec les langues. J’enseigne le français dans une école secondaire à Anvers, je forme de futurs enseignants à l’université et j’anime des ateliers pour des enseignants expérimentés. La didactique est ma grande passion, mais après une année entière sur les bancs de l’école, mon cerveau a besoin de changer d’air pendant les vacances. »

« Pendant mes 16 premières années chez Roeland, j’étais responsable didactique. J’ai alors rédigé plusieurs dossiers qui ont été utilisés pendant des années. Mais il y a quelques années, j’ai eu envie de faire autre chose. Luc Wullaert, le cuisinier, m’a alors demandé si je voulais l’aider en cuisine. Cela fait maintenant 8 ans que je le fais et j’aime beaucoup ça. Je reste en contact avec les jeunes et la vie de camp, et le rythme de la cuisine me convient parfaitement. »

Oser parler

« En tant qu’enseignant, la classe était mon univers, mais j’ai moi-même aussi suivi le parcours d’une personne allophone. Je vis en Flandre depuis vingt ans et j’ai dû apprendre le néerlandais moi aussi. Cette expérience personnelle a fortement influencé ma manière d’enseigner. Je sais ce que cela fait de chercher ses mots, d’avoir peur de faire des erreurs, de ne pas comprendre une blague… On n’apprend pas une langue uniquement en classe, mais aussi spontanément, au contact des autres. »

« Chez Roeland, la grande force, c’est le français en contexte. Les participants arrivent souvent avec une forte peur de se tromper. À l’école, une erreur est sanctionnée par une mauvaise note, alors qu’ici, elle est perçue de manière positive. On n’apprend pas le piano sans jouer de fausses notes, alors pourquoi en serait-il autrement pour une langue ? Les plus beaux moments sont ceux où la pression de la performance disparaît et où les participants se mettent soudain à parler, simplement parce qu’ils ont envie de s’exprimer. »

De beaux moments et des souvenirs précieux

« Chez Roeland, j’ai vécu quelque chose de particulier. Des personnes ont cru en moi alors que moi-même je n’y croyais pas encore. Elles ont vu mon potentiel et m’ont donné des opportunités. J’ai eu la chance de rencontrer les bonnes personnes. Sans Roeland, je ne serais pas là où j’en suis aujourd’hui. Cela a donné une direction à ma vie professionnelle. »

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